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Par Jorge Brites.

Regard sur la complexité du travail de réintégration des enfants de la rue dans le contexte africain : l'exemple de Maputo, au Mozambique.

Un vent sec souffle dans les avenues de la capitale, Maputo. La température avoisine les 30 degrés, et on distingue mal le soleil à son zénith derrière une couche blanche formée tout à la fois de nuages et de particules de pollution. L'air a quelque chose de lourd et d'étouffant, mais le centre-ville reste agréable – et ce malgré le trafic automobile qui a fortement augmenté depuis cinq ans. Cinq années passées hors du Mozambique, et au cours desquelles le souvenir de mon travail de volontaire m'est revenu régulièrement en mémoire, sans pour autant qu'il m'ait été possible de prendre contact avec les enfants de l'internat. Des enfants qui ne sont plus des enfants, puisqu'ils doivent bien avoir vingt ans aujourd'hui. Des enfants qui sont, pour certains, retournés dans la rue. Soudain, sur l'autre trottoir, j'en aperçois un : António Daniel. Il n'a pas beaucoup changé. On m'a dit qu'il se fait appeler « Ma'style » dans les rues de Maputo. Ses vêtements sont sales. Il cause avec d'autres jeunes de la rue, tous plus grands que lui. Ses yeux sont imbibés de sang, confirmant a priori une consommation importante de drogue. Il doit avoir 19 ans maintenant, si j'en crois la date de naissance inscrite sur son dossier, au Centre Juvénile. À son âge, est-il encore envisagé, et envisageable, de le réintégrer dans un circuit familial et social, scolaire ou professionnel ? J'en doute beaucoup. La réintégration des enfants de la rue, lorsqu'elle se traduit par un échec, a cela de désespérant que les jeunes perdent vite tout espoir, passé un certain âge.
Dans le cas de ce garçon, l'échec de sa réintégration au sein du projet social dans lequel il avait été pris en charge à l'âge de 13 ans, illustre toute la complexité de la tâche qui incombe à des travailleurs sociaux dévoués mais aux moyens et à l'expertise trop souvent limités. Jetons un regard sur cette réalité répandue de l'enfance dans la rue, un problème commun à tous les continents.

Qu'entend-t-on par « enfant de la rue » ?

La définition d’« enfant de la rue » trouve plusieurs variantes selon le public rattaché : certains dorment dans la rue ; d'autres n'y passent que la journée, à mendier et travailler ; d'autres encore s'y trouvent la nuit mais sont invisibles en journée, etc. L'usage du simple terme d'« enfant des rues » (ou « de la rue ») est contestable en soi car utilisé de façon parfois abusive pour des jeunes et des enfants qui attirent l'attention des autorités pour d'autres raisons que celle de vivre dehors : l'insécurité et les délits, la consommation de drogue ou les maladies (sexuellement transmissibles ou non) en centre-ville. Ces sujets préoccupent d'ailleurs souvent davantage les pouvoirs publics que l'état de vulnérabilité des enfants eux-mêmes. Il est donc difficile de convenir d'une définition globale et unique des « enfants de la rue ». Dans tous les cas, que l'on parle des « enfants de la rue », « dans la rue », « travaillant dans la rue », etc., tous sont bien des victimes exposées aux risques d’abus sexuels, d’exploitation, de violence, de toxicomanie, de maladie, les empêchant bien souvent de grandir normalement et de devenir des adultes en bonne santé. Parfois, ils risquent d'être victimes des autorités mêmes qui sont chargées de les protéger. Mais les plus vulnérables restent a priori ceux qui vivent en permanence et dorment dans la rue, sous le porche des magasins, dans des abris divers, sous les ponts, dans les égouts, dans des cartons ou encore dans les stations routières ou ferroviaires, sans disposer de l’aide et de la protection d'un quelconque réseau familial. Certains s'organisent par groupes nombreux, organisés et dotés d'un ou de plusieurs chefs, tel que l'ont si bien décrit l'auteur brésilien Jorge Amado dans Capitães da Areia (« Capitaines des Sables », 1937) et l'écrivain suédois Henning Mankell dans Comédia infantil (« Comédie infantile », 1995) deux ouvrages qui relatent de façon romancée et touchante le quotidien d'enfants des rues, le premier à Salvador de Bahia, l'autre à Maputo. Ceux qui évoluent seuls, notamment après exclusion d'une bande, sont exposés aux risques et se trouvent particulièrement en danger.
Selon l'UNICEF, un « enfant de la rue » est « un garçon ou une fille pour qui la rue, au sens le plus large du terme, est devenue le domicile habituel et/ou une source de revenu, et qui n'est pas suffisamment protégé(e), encadré(e) ou orienté(e) par des adultes responsables. » Cette définition constitue une base utile pour étudier le problème de façon comparative, bien qu'elle présente toujours des lacunes potentielles (qu'appelle-t-on « des adultes responsables » ? Suffit-il d'être mineur et de vendre dans la rue sans surveillance pour entrer dans cette définition ? Etc.).
Le Conseil de l'Europe formule une définition encore différente : « Les enfants de la rue sont des enfants ou des adolescents de moins de 18 ans qui vivent dans la rue pendant des périodes plus ou moins longues. Ils vont d'un lieu à l'autre et ont leur groupe de pairs et leurs contacts dans la rue. Leur adresse officielle peut être celle de leurs parents ou d'un établissement officiel de protection sociale. Mais ce qui les caractérise, c'est qu'ils n'ont que peu ou pas de contact avec les adultes ou les institutions qui ont une responsabilité à leur égard – parents, établissements scolaires, établissements de protection de l'enfance, services sociaux » (1994). La formulation est éloquente : pour parvenir à une définition complète, il faut presque entrer dans le narratif des journées d'un enfant de la rue. Cela traduit une certaine difficulté à appréhender ce phénomène, qui rend son traitement particulièrement complexe.
Aujourd’hui, il y aurait environ 150 millions d’enfants à travers le monde vivant dans la rue, selon des sources onusiennes. Essentiellement dans les pays dits « en voie de développement », où les services sociaux et de l'État sont insuffisants pour prévenir et endiguer le phénomène. Poussés hors de leur foyer par la violence et les conflits familiaux, la mort d’un parent, la guerre et les troubles sociaux, une catastrophe naturelle ou simplement la pauvreté, ces enfants, garçons ou filles, doivent (sur)vivre dans de grandes zones urbaines et dans un climat souvent d’insécurité, au moyen de la mendicité, du ramassage des ordures, de petits boulots d’appoint, de la débrouillardise ou encore du vol ou de la prostitution. La nature de leur expérience de vie dans la rue les distingue clairement d'autres enfants en situation difficile et mérite donc une attention toute particulière.

Maputo et ses enfants des rues : quels défis pour les travailleurs sociaux ?

Lutter contre les racines du problème tout en répondant à l'urgence

La pauvreté, le chômage, les violences et les problèmes familiaux figurent parmi les principaux facteurs qui conduisent des enfants à vivre ou à travailler dans la rue. En questionnant d'anciens enfants de la rue, toujours à Maputo, les raisons qui les avaient poussés à fuir dans la rue ne sont pas toujours très claires : « j'ai suivi mon copain qui avait un peu de sous », « j'ai cassé ça et j'avais peur de la punition », etc. Souvent, ils se montrent hésitants à expliquer leurs motivations. Mais en poussant plus loin la conversation, des raisons plus sérieuses apparaissent, notamment un mauvais traitement de la famille ou une cohabitation difficile avec l'un des parents, souvent un beau-père ou une belle-mère. En l'occurrence, la quasi-totalité sont orphelins de père ou de mère, ou ont un père absent (par exemple en prison ou travaillant en Afrique du Sud).

L'état de dénuement de certaines familles constitue l'autre facteur clé du problème. Pour nombre d'enfants, la vie dans la rue semble – voire s'avère – une solution beaucoup plus attrayante que la vie qu'ils connaissent chez eux ou dans les établissements publics. Certains enfants me disaient par exemple qu'ils mangeaient mieux dans la rue que dans le centre de réintégration dans lequel je les rencontrais – et où l'on mangeait très bien, selon moi. Pour pallier à ces facteurs d'exclusion et de fuite dans la rue, il conviendrait de mettre en place des services et une assistance pour les familles en situation de pauvreté extrême qui ne bénéficient d'aucune aide sociale adaptée à leurs besoins ni d'aucune prise en charge appropriée. Tout en répondant à l'urgence des situations de la rue, où les enfants sont exposés à des risques sanitaires parfois très élevés.
Cette dualité des besoins rend la tâche abyssale pour les structures souhaitant venir en aide aux enfants des rues et à leur famille. Comment convaincre un jeune adolescent de rester dans une famille ou une structure où l'on ne mange pas à sa faim, où il est parfois maltraité et encadré de devoirs, quand la rue lui permet de se procurer des petites sommes rapides et de manger dans un climat plus libre bien qu'incomparablement plus dangereux. Il semble impossible de s’attaquer au phénomène des enfants de la rue sans une vaste stratégie sociale axée sur les facteurs sociaux et familiaux qui mettent les enfants en danger d’une manière générale. En un sens, le problème des enfants de la rue illustre clairement l’échec et la dégradation du filet de sécurité mis en place par les programmes gouvernementaux et non-gouvernementaux d’assistance sociale et de prise en charge.
En outre, il existe un manque évident de ressources matérielles et de personnels qualifiés pour assister les enfants de la rue et répondre à leurs besoins éducatifs, affectifs et sanitaires. Non seulement le personnel disponible s'avère insuffisant, mais en plus les personnes désireuses d’aider les enfants de la rue peuvent ne pas posséder les qualifications et la formation requises. Un échange de bonnes pratiques sur le sujet pourrait être très bénéfique, accompagné d'une vraie collaboration, en réseau, entre acteurs concernés (la police, la justice, les services sociaux, les familles, les autorités politiques locales, les différentes ONG dédiées à l'enfance, etc.). Il pourrait être par exemple utile de mettre en place des mécanismes ou des organismes qui intègrent et coordonnent systématiquement les activités des différentes organisations – du secteur à la fois gouvernemental et non gouvernemental. De cette façon, un soutien plus efficace pourrait être fourni aux enfants et à leur famille. Bien souvent, aujourd'hui, les acteurs agissent de façon non coordonnée et ne partagent pas les informations ni les méthodes facilitant leurs succès sur le terrain.

Quelles sont les difficultés auxquelles font face les travailleurs de la rue ? Le cas du Centre Juvénile Ingrid Chawner, à Maputo

De retour à Maputo après ces années d'absence, je ne pouvais manquer de revoir mes anciens collègues et de me renseigner sur les enfants que j'avais eu le plaisir d'accompagner durant leur programme de réintégration.

Maputo et ses enfants des rues : quels défis pour les travailleurs sociaux ?

Créé en 1995 par des missionnaires norvégiens, le Centre Juvénile est basé dans le quartier de Zimpeto, en banlieue de Maputo. Le projet est aujourd'hui autonome et trouve l'essentiel de ses ressources financières dans la vente d'eau potable, dont son sous-sol est abondamment pourvu. Il vise la réintégration de garçons âgés de 7 à 14 ans, dans le cadre de programmes de deux à quatre ans, selon les cas. Le Centre en lui-même compte un internat, avec une capacité d'accueil de 34 enfants, des potagers, plusieurs bureaux et un atelier.

Les bénéficiaires y sont accueillis à l'issue d'un premier travail de sensibilisation et d'identification qui a lieu dans la rue. Ils savent qu'ils y resteront plusieurs mois, voire plusieurs années, et que l'objectif final est de retourner dans leur famille, avec qui le Centre prendra contact et au sein de laquelle l'enfant fera un retour progressif : d'abord ponctuellement, à l'occasion de vacances scolaires et le week-end, puis définitivement. L'enjeu de la réintégration familiale, au Mozambique, est absolument central dans le processus de réinsertion des enfants de la rue. En effet, bon nombre d'entre eux se sont enfuis de chez eux à l'issue d'un conflit familial avec un tuteur ou une tutrice qui n'est ni leur mère ni leur père naturel : la belle-mère, le beau-père, une tante ou un oncle. Les familles recomposées ou comptant des enfants nés d'autres foyers sont nombreuses au Mozambique. En l'occurrence, le pays comptait en 2005, selon l'UNICEF, environ 1,5 million d'enfants orphelins (soit de mère, soit de père, soit des deux parents). Parmi eux, 470.000 avaient perdu leurs deux parents ou l'un d'entre eux à cause du Sida. Ce qui expose de facto bon nombre d'entre eux à des situations compliquées, auxquelles l'état de pauvreté et de dénuement de certains foyers vient parfois s'ajouter.

En rentrant dans le Centre, les enfants savent également qu'ils doivent reprendre leurs études là où ils les ont laissées. La plupart d'entre eux accumulent plusieurs années de retard, car leur parcours scolaire est déjà, à la base, peu continu – une situation aggravée par leur séjour dans la rue, qui a pu durer plusieurs mois, voire plusieurs années. Une fois l'enfant réintégré dans sa famille (qui n'est pas toujours celle qu'il avait quittée pour aller dans la rue), le Centre apporte un soutien financier (notamment pour l'achat de matériel scolaire) ou alimentaire (un sac de riz par exemple) ponctuel dans l'espoir qu'il puisse continuer ses études sans embûches et sans être tenté de retourner dans la rue. En outre, des activités formatrices sont proposées, en marge de l'internat : agriculture dans les potagers du Centre ; manutention (qui intègre des notions de mécanique, charpenterie, électricité, etc.) dans l'atelier ; informatique ; ou encore le travail dans les cuisines de l'internat auprès de la cuisinière Mamã Angela.

En conséquence de l'encadrement et des changements qu'implique, pour les enfants arrivant dans le Centre, la vie dans l'internat, on ne s'étonne pas de voir l'adaptation des enfants citée comme première difficulté par les travailleurs du Centre. Ils mettent en avant, en l'occurrence, les difficultés suivantes dans leur travail au quotidien :
- Le propre encadrement des enfants dans la nouvelle routine du jour-le-jour. La rue apparaît comme un lieu de liberté où l'enfant va où il veut et fait ce qu'il veut et où il a l'opportunité d'avoir beaucoup d'argent entre les mains. Certains enfants quittent le Centre parce qu'ils veulent retrouver ce sentiment de liberté. Les travailleurs connaissent ce risque, et tentent de le pallier en livrant à l'enfant une vision de plus long terme ; en lui expliquant pourquoi la vie est encadrée par des règles et des devoirs ; et en lui présentant les avantages, in fine, qu'il y a à vivre au Centre dans l'optique de rentrer dans sa famille, et les désavantages de la rue.
- La collaboration des familles, qui est loin d'être toujours satisfaisante. Certaines, même dotées de conditions matérielles suffisantes, ne se montrent par réellement intéressées par le travail du Centre et le retour de leur enfant. Dans tous les cas, le Centre n'entre pas en contact avec la famille avant une période de deux ou trois mois, qui doit permettre à l'enfant de prendre ses marques dans l'internat. Cela évite de créer de fausses attentes de la part des proches. La première visite a lieu avec l'enfant (indispensable pour trouver la maison de ses parents, dans des banlieues ou zones rurales parfois immenses), et permet de comprendre les raisons de sa rupture avec la famille. Une fois le contact établi et le principe du travail de réintégration accepté, les travailleurs sociaux font des visites régulières, sans l'enfant, à domicile. Elles sont l'occasion d'une sensibilisation sur les relations entre l'enfant et sa famille.

Maputo et ses enfants des rues : quels défis pour les travailleurs sociaux ?

- Le manque de formation des éducateurs sociaux, notamment en psychopédagogie et en assistance sociale ; de même que la présence d'un psychologue, dans le cas du Centre Juvénile, fait fortement défaut. Certains enfants présentent des comportements très atypiques, et se montrent violents ou s'enferment facilement dans un mutisme inexpliqué, refusant de parler et de manger. De tels cas de figure demandent une grande patience, une certaine maturité, et une démarche adaptée. Culpabiliser l'enfant est par exemple un mauvais réflexe. Il faut au contraire créer avec lui une relation d'amitié et de confiance ; lui donner un peu raison, pour le valoriser et le détendre, le conforter dans l'idée qu'il est quelqu'un de bien et pourvu de qualités ; trouver la voie alternative à l'agressivité ou l'indifférence qu'il a pu connaître au sein de sa famille et ensuite dans la rue.

- Le manque de satisfaction des travailleurs sociaux : leur faible rémunération, notamment, peut s'avérer un problème dans le travail de tous les jours. Un éducateur ne peut accorder toute son attention sereinement aux enfants et adolescents de l'internat, s'il arrive le matin en pensant à sa propre famille qu'il a du mal à nourrir. Dans le cas du Centre Juvénile, cette question correspond à des réalités bien concrètes. La considération de la hiérarchie et un traitement financier adapté sont des facteurs clés de succès au sein d'un tel projet social.

Enfant en cours de réintégration, en compagnie d'un formateur à l'atelier du Centre Juvénile Ingrid Chawner (Zimpeto, Maputo) - déc. 2007

Enfant en cours de réintégration, en compagnie d'un formateur à l'atelier du Centre Juvénile Ingrid Chawner (Zimpeto, Maputo) - déc. 2007

Équipe des travailleurs sociaux du Centre Juvénile Ingrid Chawner (Zimpeto, Maputo) - janv. 2008

Équipe des travailleurs sociaux du Centre Juvénile Ingrid Chawner (Zimpeto, Maputo) - janv. 2008

Un meilleur partage des pratiques et une prise en compte de chaque situation humaine

La liste de ces difficultés ne se veut pas exhaustive. Elles sont issues d'entretiens menés auprès des travailleurs sociaux de ce projet particulier. Progressivement, le secteur de l’insertion des enfants tend de facto à se professionnaliser, avec le développement sur le terrain de méthodes et de stratégies spécifiques. Les travailleurs de la rue n’ont toutefois pas toujours bénéficié d’une formation à proprement parler au métier d’éducateur social, et il est clair que leur volontarisme et leur dévouement jouent un rôle essentiel dans le succès de leurs démarches. Il y a fort à penser qu’une capitalisation des expériences réussies, pour mieux partager les bonnes pratiques et méthodologies existantes, bénéficierait aux éducateurs, tout en constituant une reconnaissance et une valorisation de leur métier et du travail accompli. Or, si la littérature sur le sujet ne manque pas, elle se limite souvent à une description peu poussée des projets ou programmes de réinsertion. Il existe quelques guides à destination des éducateurs sociaux, mais outre leur faible accessibilité, la formalisation de « méthodologies type » ne semble pas convenir à des situations de terrain très variées selon les publics bénéficiaires, le contexte culturel ou encore les acteurs impliqués dans le processus de réintégration (institutions, ONG, société civile, etc.). En bref, communiquer sur les stratégies et méthodologies de réintégration d'enfants des rues reste un défi important, au regard de la variété des situations et à la complexité des processus. L'idéal serait de parvenir à des fiches « Retours d’expériences » déclinant la méthodologie de projets remis dans leur contexte.
Le phénomène des enfants de la rue étant aujourd'hui plus ouvertement reconnu, il est à craindre que la réponse des autorités et de la population dans certains pays soit moins tolérante et plus répressive en raison de la visibilité accrue de ce comportement « à problèmes ». Cependant, d’après notre connaissance sur les facteurs qui conduisent les enfants à vivre dans la rue et de la rue, des mesures et des stratégies répressives n’auront que peu d’effets en termes de prévention et de résolution du phénomène ou d’assistance aux enfants qui y vivent déjà.

« C'est un défi que nous avons en Afrique, au Mozambique, et concrètement ici à Maputo, qui réside dans la situation de pauvreté et dans l'occultation des droits de chaque enfant, nous décrit Muchanga, responsable de l'internat au Centre Juvénile Ingrid Chawner. A l'inverse, on assiste à la violation des droits des enfants dans les familles, ce qui amène nombre d'entre eux dans la rue. En conséquence de quoi, notre tâche n'est pas seulement de les en sortir et de les reconduire dans leurs familles, mais aussi de sensibiliser celles-ci au respect et aux droits de leurs propres enfants. Pour nous Mozambicains, les enfants constituent une richesse, une fortune ; il est donc étrange qu'une famille puisse laisser son enfant dans la rue. Certains y ont perdu la vie, d'autres se trouvent en prison, et ont pourtant de la famille. La situation financière ne suffit pas à tout expliquer, le cœur aussi est un élément qui joue ». Certains enfants des rues viennent en effet de familles au niveau de vie correct. « Il y a des familles qui sont sous l'autorité d'une marâtre, mais tout se passe bien, et on ne voit même pas que celle-ci n'est pas la mère biologique, parce que le lien du cœur qui l'unit aux enfants est fort ».

Maputo et ses enfants des rues : quels défis pour les travailleurs sociaux ?

La diversité des situations implique une diversité de solutions, un travail de longue haleine dans des pays aux sociétés complexes et en partie déstructurées par les guerres, la pauvreté, la corruption et l'appauvrissement des transmissions entre générations et du sens de l'autorité en général. Les succès de projets tels que le Centre Juvénile (qui accompagne la réintégration d'une quinzaine d'enfants chaque année) doivent laisser espérer, même s'ils restent une perfusion dans un grand corps malade, tant que les racines que sont la pauvreté et la maltraitance des enfants ne sont pas traitées à bras le corps par l'ensemble des acteurs concernés. Si les enfants sont bien une « richesse », rappelons que pour qu'une richesse rapporte, il faut investir dedans et soulever les obstacles à son épanouissement.

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