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Par David Brites.

Le 2 novembre 2021, à l'occasion de la Conférence de Glasgow sur le changement climatique – la COP26 –, une centaine de dirigeants de pays représentant plus de 85% des forêts mondiales ont pris l'engagement, par le biais d'une « déclaration de Glasgow », de mettre un terme à la déforestation et à la dégradation des terres... d'ici à 2030. À travers ce court texte, les pays promettaient de faciliter les pratiques commerciales n'engendrant pas de déforestation, de mettre en œuvre des politiques encourageant une agriculture durable ou encore d'aligner les flux financiers avec les objectifs internationaux de protection des écosystèmes en question. De toute évidence, les objectifs sont loin, très loin d'être atteints ou en bonne voie de l'être. D'ailleurs, figuraient parmi les signataires la Russie, l'Indonésie, la République démocratique du Congo, la Chine, le Canada, mais également le Brésil du président Jair Bolsonaro, où la déforestation de l'Amazonie a pourtant atteint des records depuis le début de son mandat en janvier 2019. C'est dire que la signature du document n'était pas très engageante pour les États concernés. Pourtant, outre la perte de biodiversité qui est constatée avec la déforestation, tous les scénarios du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) soulignent que limiter le réchauffement implique nécessairement de mieux protéger les forêts, qui constituent l'un des principaux puits de carbone de la planète.

La campagne de la présidentielle de 2022 l'a bien montré, l'idée que le progrès technique assurera une « transition écologique » à même de préserver notre mode de vie tout en le rendant compatible avec nos ambitions relatives à la limitation du réchauffement climatique, est encore largement partagée, non seulement dans la population, mais aussi dans la classe politique. On est encore loin de prendre les problématiques environnementales et climatiques à bras-le-corps, et pour cause les propos d'Emmanuel Macron, le 14 septembre 2020, réduisant les opposants de la 5G à des « Amish », en était le plus bel exemple –, nous restons encore largement enfermé dans une vision linéaire du Progrès, dans des paradigmes érigeant toute avancée technologique en avancée absolue et universelle de la civilisation (quel qu'en soit le sens qu'on y donne, ou le coût pour la « nature »). Les pistes pour repenser notre rapport à l'environnement sont pourtant innombrables.

Nous l'avons vu, les Occidentaux (et avec eux toutes les élites et classes moyennes qui, de par le monde, ont été ou sont en phase d'occidentalisation intellectuelle et culturelle) doivent répondre à des impératifs environnementaux de plus en plus prégnants (notamment du fait de l'impact de l'effondrement de la biodiversité et des écosystèmes sur leur santé). Ils doivent en même temps composer avec un héritage très lourd qui a, depuis plusieurs siècles, érigé une barrière étanche entre nature, bestialité, sauvagerie d'un côté, et culture, humanité, modernité, progrès de l'autre. La « nature » est devenue une construction sociale visant à nous distinguer du reste du vivant, à nous ériger en force supérieure c'est pourquoi nous emploierons le plus souvent des guillemets pour accompagner ce terme. Cette dichotomie Homme/Nature a servi à légitimer en partie la marginalisation politique et sociale des femmes, considérées depuis l'époque des procès en sorcellerie (aux XVIème et XVIIème siècles surtout) comme trop proches de la nature. Elle a aussi permis de justifier, nous l'avons vu également au cours du premier volet de cet article (Écologie : peut-on déconstruire notre rapport au vivant et aux écosystèmes ? (1/2) L'héritage d'une civilisation occidentale anthropocentrée et hiérarchisante), jusqu'au projet colonial aux Amériques (dès le XVIème) puis en Afrique, en Asie et en Océanie (jusqu'au XXème siècle), aux dépens de peuples « sauvages » caricaturés par les Européens et porteurs d'une animalité fantasmée. Un territoire non-peuplé par des humains, ou peuplé par les humains mais non-exploité (en termes extractiviste et productiviste), est considéré comme vide même si des peuples vivent dessus, ou encore une multitude d'espèces animales et végétales.

Troupeau de moutons dans le col de Lazies, dans le département de l'Ariège. La dernière ourse de souche pyrénéenne, Cannelle, a été abattue par un chasseur le 1er novembre 2004. La question de l'introduction, depuis les années 90, d'ours bruns d'origine slovène dans la région pyrénéenne, suscite l'opposition de nombreux bergers. Pour rappel, début 2021, la Commission européenne puis le Conseil d'État ont rappelé l'État français à l'ordre pour qu'il revoit sa politique à l'égard de la cinquantaine d'ours présents dans le massif pyrénéen. En 2020, pas moins de trois ours avaient été tués, par balles ou par empoisonnement, de part et d'autre de la frontière franco-espagnole – une première depuis 2004.
Troupeau de moutons dans le col de Lazies, dans le département de l'Ariège. La dernière ourse de souche pyrénéenne, Cannelle, a été abattue par un chasseur le 1er novembre 2004. La question de l'introduction, depuis les années 90, d'ours bruns d'origine slovène dans la région pyrénéenne, suscite l'opposition de nombreux bergers. Pour rappel, début 2021, la Commission européenne puis le Conseil d'État ont rappelé l'État français à l'ordre pour qu'il revoit sa politique à l'égard de la cinquantaine d'ours présents dans le massif pyrénéen. En 2020, pas moins de trois ours avaient été tués, par balles ou par empoisonnement, de part et d'autre de la frontière franco-espagnole – une première depuis 2004.
Troupeau de moutons dans le col de Lazies, dans le département de l'Ariège. La dernière ourse de souche pyrénéenne, Cannelle, a été abattue par un chasseur le 1er novembre 2004. La question de l'introduction, depuis les années 90, d'ours bruns d'origine slovène dans la région pyrénéenne, suscite l'opposition de nombreux bergers. Pour rappel, début 2021, la Commission européenne puis le Conseil d'État ont rappelé l'État français à l'ordre pour qu'il revoit sa politique à l'égard de la cinquantaine d'ours présents dans le massif pyrénéen. En 2020, pas moins de trois ours avaient été tués, par balles ou par empoisonnement, de part et d'autre de la frontière franco-espagnole – une première depuis 2004.

Troupeau de moutons dans le col de Lazies, dans le département de l'Ariège. La dernière ourse de souche pyrénéenne, Cannelle, a été abattue par un chasseur le 1er novembre 2004. La question de l'introduction, depuis les années 90, d'ours bruns d'origine slovène dans la région pyrénéenne, suscite l'opposition de nombreux bergers. Pour rappel, début 2021, la Commission européenne puis le Conseil d'État ont rappelé l'État français à l'ordre pour qu'il revoit sa politique à l'égard de la cinquantaine d'ours présents dans le massif pyrénéen. En 2020, pas moins de trois ours avaient été tués, par balles ou par empoisonnement, de part et d'autre de la frontière franco-espagnole – une première depuis 2004.

La cosmovision des peuples autochtones, source d'inspiration ?

D'une certaine manière, ceux que l'on qualifie de « peuples autochtones » répondent, à travers le monde, à ces enjeux de rapport renouvelé au vivant non-humain. Ils nous invitent à revisiter notre regard sur la « nature », pour la considérer non comme une propriété, mais comme un sujet en tant que tel – un sujet juridique, pourrions-nous même dire. Le concept de « Forêt vivante » suppose une cosmovision par laquelle la terre, le cosmos, les êtres humains, les animaux, la flore, les pierres, les montagnes, les lacs, forment un tout. Un tout qui constitue un équilibre. Sous la présidence de Rafael Correa (2007-2017), l’Équateur était devenu le premier pays au monde à avoir inscrit les droits de la Nature dans sa Constitution, adoptée par référendum en septembre 2008 (Équateur : l'échec de l'initiative Yasuni-ITT, révélateur d'un tournant dans la présidence Correa ?). En mars 2017, première mondiale, un fleuve considéré comme sacré par les Maori, Whanganui (Te Awa Tupua en maori), a été reconnu par le parlement de Nouvelle-Zélande comme une entité vivante, un statut qui doit avoir pour traduction concrète que les intérêts du cours d'eau seront défendus dans les procédures judiciaires par des avocats. Selon la loi, c'est un être vivant unique, « partant des montagnes jusqu'à la mer, y compris ses affluents et l'ensemble de ses éléments physiques et métaphysiques ». (À noter qu'au terme d'un long marathon judiciaire, la tribu maori locale a également reçu 80 millions de dollars néo-zélandais, soit 52 millions d'euros, au titre de frais de justice, ainsi qu'une somme de 30 millions de dollars, soit 19,5 millions d'euros, pour améliorer l'état du cours d'eau ; les riverains luttaient pour la reconnaissance de leurs droits sur le fleuve depuis les années 1870.) Ces droits octroyés à la Nature (pas seulement à des espèces végétales ou animales, mais même à des espaces de biodiversité, comme un fleuve et sa vallée), dans la logique papale que nous présentions dans le premier volet de cet article, dans cette logique qui met l'humain au-dessus de tout, ils ne seraient tout bonnement pas possibles.

L'idée ici n'est pas de prôner l'adoption stricto sensus des traditions animistes. La cosmovision des peuples autochtones en Amérique n'est pas transposable en tant que telle en Occident, et ce serait pure perte de temps que de s'atteler à un combat perdu d'avance. Il y a toutefois matière à au moins s'inspirer de la cosmologie amérindienne, mais aussi africaine, asiatique et océanique dans leurs relations aux altérités vivantes, et notamment dans leur recherche de dialogue avec les espèces non-vivantes, et de compréhension vis-à-vis des milieux (dont les humains sont partie prenante, de facto). Une révision de notre regard sur la nature serait d'autant plus pertinente que nos connaissances sur la faune et la flore nous permettent aujourd'hui de prendre le recul nécessaire pour déconstruire nombre de nos certitudes. Bien sûr, dès son époque, le naturaliste anglais Charles Darwin (1809-1882) évoquait déjà les facultés mentales exceptionnelles des mammifères, comparables à celles des humains, mais ce n'est que récemment que la question des intelligences animales a pris de l'ampleur dans la sphère publique. Grâce aux recherches de scientifiques comme Jane Goodall, ethnologue et anthropologue née en 1934, on sait désormais que les animaux ne sont pas seulement sensibles, mais aussi sentients, c'est-à-dire qu'ils ont une forme de conscience. Conscient de leur environnement, conscient des risques et bénéfices de leur situation, conscient de leur existence propre et de celle de leurs proches, et détenteur (à des degrés divers) d'une mémoire. Que les animaux, et a fortiori les végétaux, ne puissent pas formuler cet état de conscience comme les humains le font, cela ne remet pas en cause la véracité de cette découverte. Sur la question du langage également, les idées reçues sont battues en brèche. Dès lors que l'on étudie les animaux sous le prisme de la sémiotique, c'est-à-dire l'expression de signes, de comportements, de traces et d'odeurs, alors ils intègrent la science des langages. Dans son essai Le Troisième chimpanzé. Essai sur l'évolution et l'avenir de l'animal humain (1991), le biologiste Jared Diamond décrivait déjà de façon passionnante l'existence de formes de proto-langages dans le monde animale. Cette réalité concerne aussi la flore, puisque des formes très diverses de communication ont été identifiées (à travers des sécrétions, des odeurs, etc.) entre des arbres ou des plantes et leur environnement. L'ensemble de ces découvertes bousculent la conception même de nos rapports au vivant.

En France, les mentalités évoluent très lentement sur les questions animales et le rapport au vivant. Clairement, le droit français ne prend pas en compte les aptitudes, la sensibilité et cette conscience chez les animaux. Alors qu'on ne cesse d'en apprendre plus en la matière, on continue de les enfermer et de les maltraiter, les réduisant à des biens consommables ou exploitables. Notons par exemple cette initiative, portée à partir de 2020 par de nombreux citoyens parmi lesquels le journaliste Hugo Clément, qui visait à soutenir la convocation d'un référendum d'initiative partagée (RIP) à propos de la condition animale. Quand s'ouvrait l'année 2021, quelques 900 000 personnes avaient déjà apporté leur soutien en ligne, et il manquait une cinquantaine de parlementaires pour amorcer la procédure du RIP. Accessibles sur le site intitulé Référendum pour les animaux, les mesures proposées, qui auraient pu être soumises à référendum si plus de députés et sénateurs s'étaient rallier à l'initiative, ne sont pas radicales. Elles relèvent juste du bon sens, et participent à changer notre regard sur la vie animale en général, pour la considérer non comme simple objet d'exploitation, mais comme une panoplie d'acteurs avec leur dignité, leurs souffrances, et leur droit au respect : mettre fin à l'élevage intensif d'ici 2040, à l'élevage en cage et à l'élevage à fourrure, abolir certaines pratiques de chasse (chasse à courre, déterrage...) et les spectacles d'animaux sauvages, et interdire l'expérimentation animale dès lors que des alternatives sont possibles. Ce référendum n'aura jamais lieu. Pourtant, et contrairement à celui organisé selon le souhait du chef de l'État pour modifier la Constitution, cette consultation aurait eu un impact beaucoup plus concret. Autre initiative originale restée caduque : en 2020 encore, prêchant dans le vent de l'indifférence politique et médiatique, le biologiste et botaniste Francis Hallé a initié une campagne en faveur de la reconstitution de 70 000 hectares de forêt primaire, en Europe de l'Ouest – campagne décrite et expliquée sur le site Association Francis Hallé – Pour la forêt primaire.

Les avancées sont laborieuses. Pour rappel, en 2015, avait été établie dans le code civil la reconnaissance de l'animal comme « être vivant doué de sensibilité ». En janvier 2017, l'Assemblée nationale a voté en première lecture une proposition de loi sur le « respect de l'animal en abattoir », mais l'adoption du texte a été interrompue par l'élection présidentielle. Lors de l'examen du projet de loi EGalim, à l'automne 2018, le sujet de la maltraitance animale s'était de nouveau invité dans les débats avec plusieurs centaines d'amendements visant à encadrer l'élevage industriel, la plupart retoqués. En janvier 2021, les députés ont adopté la proposition de loi (défendue par les groupes de la majorité présidentielle) relative à la lutte contre la maltraitance animale ; si le texte aborde la condition animale sous plusieurs dimensions : animaux de compagnie, faune sauvage captive, maltraitances, il laisse volontairement de côté plusieurs sujets qui fâchent, à savoir, notamment, l'élevage et la chasse. Entretemps, le 5 avril 2019, une déclaration des droits de l'arbre a été signée à l'Assemblée nationale : une petite révolution intellectuelle, purement symbolique, qui visait à en faire un objet dans le code civil actuel. Il y est reconnu comme un « être vivant sensible aux modifications de son environnement » (article 2), chacune de ses parties devant être respectée par les humains, qui doivent lui donner assez d'espace et ce, « de sa naissance à sa mort naturelle, qu'il soit arbre des villes ou des campagnes » (article 3). Mais l'article 5 tempère tout de même quant aux arbres qui sont plantés puis « exploités, échappant forcément aux critères précédemment cités » (pour ne pas froisser les métiers de l'exploitation du bois). Surtout, le texte n'a pas de valeur juridique contraignante, et n'a donc eu aucun impact concret, entraîné aucun changement dans les faits comme dans la législation.

Sans des droits pour les éléments naturels et le non-humain, on reste dans une logique fonctionnelle du vivant. Et une multitude d'acteurs entendent bien exploiter, se servir des milieux pour leurs intérêts propres, quand bien même ils « entretiennent » ces mêmes milieux pour pérenniser leurs activités. Sans même aller jusqu'à évoquer le cas des industries extractives, on peut mentionner les chasseurs, les agriculteurs, les sylviculteurs, qui pratiquent la chasse, la fauche, l'emploi de pesticides et insecticides, la coupe, etc. On a là un conflit d'usages, pour un espace qu'on n'arrive plus à imaginer sans usage. Ou en tout cas sans usage humain. Même les espaces de protection de la nature, en France, ont souvent dérivé sur ce plan, en adoptant une logique patrimoniale qui demeure foncièrement interventionniste : la conservation reste paysagiste, presque dans une logique de jardin, avec l'incapacité de juste ne rien faire nous aurons l'occasion de revenir sur cette notion d'espace en libre évolution.

La reconnaissance de droits de la Nature n'est qu'un exemple de choses à faire pour améliorer la protection des écosystèmes et reconsidérer notre rapport au vivant, mais il y en a encore d'autres à penser, à inventer. Dans un autre registre, rappelons le statut original du territoire de l'Antarctique. Dans un contexte, à la fin du XIXème, marqué par la multiplication des missions d'exploration sur le plus méridional des continents, apparut la nécessité d'encadrer la pénétration humaine sur ce territoire encore vierge. Signé le 1er décembre 1959 par douze pays (rejoints depuis par plusieurs dizaines d'autres), le traité de l'Antarctique donne à ce territoire un statut unique destiné à la science, aux actions pacifiques, à la préservation des ressources naturelles et à la protection de la biodiversité. La Convention sur la conservation de la faune et de la flore marines de l'Antarctique en 1982, le protocole de Madrid en 1991 et des programmes de recherche internationaux comme le recensement de la vie marine de l'océan Austral (2003-2010) ont illustré la volonté des États de poursuivre les objectifs établis en 1959. L'objectif principal du traité est de s'assurer, dans l'intérêt de toute l'humanité, que l'Antarctique continuera à être employé exclusivement à des fins pacifiques et ne deviendra ni le théâtre ni l'enjeu de différends internationaux. Pourquoi ne pas imaginer, à l'avenir, des conventions s'inspirant d'un tel modèle, négociées de bonne foi entre États (voire dans le cadre de l'ONU) partageant des espaces de biodiversité exceptionnels (peuplés ou non), comme la forêt amazonienne, certaines chaînes de montagne sud-américaines ou européennes, l'océan Arctique (qui deviendra bientôt, à la faveur du réchauffement climatique, une zone d'exploitation d'hydrocarbures off-shore et une voie de passage du commerce internationale...), ou encore une partie de la forêt équatoriale en Afrique centrale ? Là encore, la palette des possibles est considérable, reste à penser ces nouveaux statuts et modes de protection.

L'archipel Bazaruto, dans le canal du Mozambique, s’allonge du nord au sud sur environ 55 km. Les cinq îles qui le composent sont distantes d’une quinzaine de kilomètres en moyenne du continent. Ici, la petite île de Magaruque, ainsi que Bazaruto (32,5 km de longueur, 5 de largeur), l’île principale. Destination touristique, l’archipel est protégé dans le cadre d’un parc national créé en 1971, y compris les récifs de corail qui entourent les îles, ce qui en fait la seule zone de protection marine du Mozambique. Le parc est l’un des plus importants de l’océan Indien, et abrite un incroyable écosystème, composé de centaines d’espèces de poissons, de 160 espèces d’oiseaux, mais aussi des loutres, des dauphins, des baleines à bosse… et la dernière population de dugongs des côtes africaines.
L'archipel Bazaruto, dans le canal du Mozambique, s’allonge du nord au sud sur environ 55 km. Les cinq îles qui le composent sont distantes d’une quinzaine de kilomètres en moyenne du continent. Ici, la petite île de Magaruque, ainsi que Bazaruto (32,5 km de longueur, 5 de largeur), l’île principale. Destination touristique, l’archipel est protégé dans le cadre d’un parc national créé en 1971, y compris les récifs de corail qui entourent les îles, ce qui en fait la seule zone de protection marine du Mozambique. Le parc est l’un des plus importants de l’océan Indien, et abrite un incroyable écosystème, composé de centaines d’espèces de poissons, de 160 espèces d’oiseaux, mais aussi des loutres, des dauphins, des baleines à bosse… et la dernière population de dugongs des côtes africaines.
L'archipel Bazaruto, dans le canal du Mozambique, s’allonge du nord au sud sur environ 55 km. Les cinq îles qui le composent sont distantes d’une quinzaine de kilomètres en moyenne du continent. Ici, la petite île de Magaruque, ainsi que Bazaruto (32,5 km de longueur, 5 de largeur), l’île principale. Destination touristique, l’archipel est protégé dans le cadre d’un parc national créé en 1971, y compris les récifs de corail qui entourent les îles, ce qui en fait la seule zone de protection marine du Mozambique. Le parc est l’un des plus importants de l’océan Indien, et abrite un incroyable écosystème, composé de centaines d’espèces de poissons, de 160 espèces d’oiseaux, mais aussi des loutres, des dauphins, des baleines à bosse… et la dernière population de dugongs des côtes africaines.
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L'archipel Bazaruto, dans le canal du Mozambique, s’allonge du nord au sud sur environ 55 km. Les cinq îles qui le composent sont distantes d’une quinzaine de kilomètres en moyenne du continent. Ici, la petite île de Magaruque, ainsi que Bazaruto (32,5 km de longueur, 5 de largeur), l’île principale. Destination touristique, l’archipel est protégé dans le cadre d’un parc national créé en 1971, y compris les récifs de corail qui entourent les îles, ce qui en fait la seule zone de protection marine du Mozambique. Le parc est l’un des plus importants de l’océan Indien, et abrite un incroyable écosystème, composé de centaines d’espèces de poissons, de 160 espèces d’oiseaux, mais aussi des loutres, des dauphins, des baleines à bosse… et la dernière population de dugongs des côtes africaines.
L'archipel Bazaruto, dans le canal du Mozambique, s’allonge du nord au sud sur environ 55 km. Les cinq îles qui le composent sont distantes d’une quinzaine de kilomètres en moyenne du continent. Ici, la petite île de Magaruque, ainsi que Bazaruto (32,5 km de longueur, 5 de largeur), l’île principale. Destination touristique, l’archipel est protégé dans le cadre d’un parc national créé en 1971, y compris les récifs de corail qui entourent les îles, ce qui en fait la seule zone de protection marine du Mozambique. Le parc est l’un des plus importants de l’océan Indien, et abrite un incroyable écosystème, composé de centaines d’espèces de poissons, de 160 espèces d’oiseaux, mais aussi des loutres, des dauphins, des baleines à bosse… et la dernière population de dugongs des côtes africaines.

L'archipel Bazaruto, dans le canal du Mozambique, s’allonge du nord au sud sur environ 55 km. Les cinq îles qui le composent sont distantes d’une quinzaine de kilomètres en moyenne du continent. Ici, la petite île de Magaruque, ainsi que Bazaruto (32,5 km de longueur, 5 de largeur), l’île principale. Destination touristique, l’archipel est protégé dans le cadre d’un parc national créé en 1971, y compris les récifs de corail qui entourent les îles, ce qui en fait la seule zone de protection marine du Mozambique. Le parc est l’un des plus importants de l’océan Indien, et abrite un incroyable écosystème, composé de centaines d’espèces de poissons, de 160 espèces d’oiseaux, mais aussi des loutres, des dauphins, des baleines à bosse… et la dernière population de dugongs des côtes africaines.

L'humain peut-il s'effacer (un peu) et reconsidérer ses interactions avec la vie « sauvage » ?

Dans un texte publié le 7 février 2021 dans le journal Le Monde, les écologues François Ramade et Annik Schnitzler dressaient un portrait accablant de la gestion des bois et forêts périurbains par l'Office national des forêts (ONF), organisme public qui, il est vrai, n'a pas changé de stratégie depuis des décennies... Principal reproche de la tribune : « Les constats effectués dans les habitats forestiers français, en particulier dans les bois et forêts périurbains comme ceux d'Île-de-France, démontrent que l'ONF persiste dans une gestion "productiviste" et à courte vue des forêts, fondée sur la seule exploitation des ressources en bois commercialisable (vente de bois d'ameublement, de construction et de chauffe). [...] Pour répondre aux demandes de l'État et aux objectifs financiers qui lui sont fixés par les ministères [...], il continue à considérer les forêts comme des champs d'arbres, à l'image des champs de maïs. Il persévère dans la recherche exclusive des rendements maximum à l'hectare, quels qu'en soient les conséquences biologiques et les effets à long terme [...]. » À contre-courant de l'approche de l'ONF, on peut mentionner l'exemple du projet « Vercors Vie Sauvage », portée depuis 2019 par l'Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), et qui consiste pour l'essentiel à « laisser tranquille » une forêt de 500 hectares dans les gorges de la Lyonne. Dans son essai Raviver les braises du vivant (2020), Baptiste Morizot, enseignant-chercheur et philosophe français, évoque cette initiative, parlant de « foyer de libre évolution » constituant « une forme de gestion par retrait total des aménagements actifs de la forêt ». Philosophiquement, il justifie ainsi ce type de projets : « En tant qu'individus humains, notre longévité est dérisoire au regard de celle d'un arbre, d'un corail, d'une forêt ancienne, d'un écosystème. Or la Grande vie des écosystèmes, des poumons verts forestiers, des cycles du carbone, de l'évolution des espèces, est la condition de la petite vie des individus. L'enjeu d'un levier d'action écologique est de protéger la Grande vie. Mais pour protéger quelque chose, on est voué à voir le monde depuis le point de vue de ce qu'on veut protéger. Car on ne protège une forêt qu'en protégeant son monde, et on ne comprend son monde qu'en saisissant le temps et l'espace suivant la perspective propre à cette forme de vie. Suivant sa manière de façonner son espace-temps. Protéger quelque chose vraiment, c'est le protéger de son point de vue. C'est protéger son point de vue. »

En suivant ce raisonnement de bon sens, on comprend bien que la protection de la « nature » ne peut passer par des logiques purement humaines. Des écologues expliquent par exemple que la biodiversité surabonde dans un arbre à partir de cent ou de cent cinquante ans, une tendance générale assez claire en dépit de variations en fonction des types de forêt et des approches scientifiques employées. Or, nous rappelle encore Baptiste Morizot, « c'est un âge auquel n'arrivent jamais les arbres exploités, ce n'est pas rentable économiquement suivant les critères de la foresterie actuelle ». C'est pourtant à ces âges avancés, un siècle voire un siècle et demi, qu'un arbre « devient vraiment un monde pour une myriade d'autres formes de vie ». Dans leur essai Ré-ensauvageons la France (2018), le naturaliste Gilbert Cochet et le biologiste et ornithologue Stéphane Durand vont dans le même sens, celui d'un laisser-faire nécessaire vis-à-vis de la nature, notamment concernant les forêts, expliquant que, « pour qu'une forêt s'enrichisse et s'embellisse, il faut qu'elle vieillisse tranquillement », et précisant encore : « Pour cela, la recette est extrêmement simple : il ne faut rien faire, la laisser évoluer librement, à son rythme. C'est probablement ce qu'il y a de plus difficile à appliquer car nous autres, Occidentaux, supportons difficilement de rester sans rien faire. [...] La forêt retrouve peu à peu ses fonctionnalités perdues depuis longtemps comme l'impact des fèces des ongulés sur la dispersion des graines et les populations d'insectes. Il existe des plantes qui s'éteignent uniquement parce qu'elles ne sont plus dispersées par les herbivores. »

Et les deux essayistes de mentionner eux le travail de l'ASPAS, ainsi que de Forêts Sauvages, pour racheter collectivement des forêts afin d'en maîtriser le foncier. Ils insistent sur la question spécifique du bois mort, dont la gestion est au cœur du sujet, puisque l'entretien des espaces boisés pour y faciliter les déplacements humains (pour les balades par exemple, mais aussi pour la chasse, la sylviculture, le pastoralisme, etc.) tend justement à faire disparaître le bois mort : « C'est un défi extraordinaire à relever mais le jeu en vaut la chandelle car c'est l'écosystème le plus riche d'Europe : certes, il y avait les impressionnants troupeaux d'ongulés, bison, élan, tarpan, aurochs, cerf, sanglier et chevreuil, mais il ne faudrait pas qu'ils cachent ces centaines d'espèces de champignons, de mousses et de lichens, d'invertébrés encore inconnus, de vers et de coléoptères saproxyliques, d'amphibiens et d'oiseaux qui forment la véritable richesse de la forêt naturelle. On dénombre par exemple plus de 12 000 espèces dans la forêt naturelle de Bialowieza en Pologne et 7 000 sont liées au bois mort (insectes, mousses, champignons, lichens...). [...] Et plus la forêt vieillit, plus elle est encombrée d'arbres morts et de troncs pourrissants et plus elle est riche et accueillante. Car une bonne partie de la biodiversité forestière est plus ou moins directement liée aux mille et une cachettes qu'offrent les vieux arbres. La continuité de l'habitat "bois mort" est indispensable pour permettre aux animaux peu mobiles, comme le coléoptère pique-prune, de perdurer. » À noter qu'à ce jour, 75% des forêts françaises n'ont aucun bois mort.

À noter en passant, que perdure dans les milieux écologistes la question de savoir s'il faut, pour défendre le vivant, se baser sur le droit propre aux sociétés capitalistes, y compris le droit de propriété, ou s'il est préférable de s'y opposer et de lutter pour établir de nouvelles bases juridiques permettant de mieux protéger la nature. En fait, l'alternative est mal posée. Le problème n'est pas de faire avec, ou sans, ou contre, comme l'explique Baptiste Morizot dans son essai de 2020 : « Le problème est d'activer simultanément tous les leviers possibles, au regard d'agendas de lutte précis et désynchronisés. Actuellement, il fait sens de "faire avec" le droit de propriété, en détournant au mieux ses toxicités, et, parallèlement, d'activer un travail juridique de création de statuts de communs qui pourraient se substituer à la propriété (ici des communs de non-usage, par exemple), comme enfin d'activer un travail politique de lutte vers des dépassements multiples de la propriété privée. Ces trois projets sont complémentaires, mais n'ont pas la même temporalité. » Continuer à se baser sur le droit actuel, l'employer contre ses travers, et chercher et proposer de nouveaux statuts mieux à même de préserver le non-humain face aux activités humaines écocidaires, telle est l'idée simple émise ici.

Précisons que l'édification d'aires naturelles dénuées de toute intervention humaine, en « libre évolution », n'est pas supposée devenir la norme (ce n'est même pas l'objectif d'un acteur comme l'ASPAS). L'idée est que ce type d'espaces, où l'on peut entretenir des relations différentes la nature (sur la base unique de la contemplation, de la balade, et non de l'exploitation ou de la gestion), reste l'exception. En aucun cas, elle n'affranchit du devoir de reconsidérer nos relations avec le vivant non-humain dans les autres espaces (urbains comme ruraux, forestiers ou autres). La libre évolution est avant tout l'expression (l'une des expressions) d'une confiance manifestée par les êtres humains à l'égard des autres espèces vivantes et des milieux. C'est l'une des voies pour changer notre regard sur le vivant et notre rapport à la « nature », mais c'est évidemment loin d'être la seule.

Enfin, sur cette question de la « place » de la nature, de l'espace qu'elle occupe, et des « conflits d'usage » de l'espace qui peuvent apparaître entre activités humaines et vie sauvage, on ne peut faire l'économie d'une réflexion sur la place de la faune et de la flore en ville. Élaborés au début de la décennie 2010, les Schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE) ont déjà constitué une première réponse à cet enjeu, en déclinant à l'échelle régionale le principe de trame verte et bleue. L'objectif : préserver et restaurer les continuités écologiques, c'est-à-dire le maillage des milieux nécessaires au fonctionnement des habitats et des espèces qu'ils contiennent (sites de reproduction, d'alimentation, d'hivernage et de repos, espaces de circulation...). Dans chaque région, le SRCE identifie donc les composantes de la trame verte et bleue (réservoirs de biodiversité, corridors écologiques, etc.). À noter toutefois que ces schémas, adoptés suite (et conformément) au Grenelle de l'Environnement (2007) et à la loi Grenelle II (2010), ne visent pas spécifiquement la ville, mais plus globalement à réduire l'impact des « ruptures de continuité écologique », qu'elles soient le fait d'activités ou d'équipements en milieu rural, urbain ou périurbain : barrages fluviaux, champs d'agriculture usant d'intrants chimiques, voies routières ou autoroutières, etc.

Notre façon de penser la ville reste bien souvent marquée par l'idée que la nature n'y a pas sa place, que la « nature » ne se trouve que hors de la ville... Dans un entretien publié au Monde le 25 février 2021, la philosophe Joëlle Zask défendait au contraire l'idée qu'il faut traiter la question écologique en commençant par la ville : « Il faut repenser la ville pour permettre une coexistence pacifique avec les animaux sauvages. » Elle dénonce « l'invisibilité du monde animal » dans l'espace urbain, qui est pourtant en voie de « verdissement » dans de nombreux pays, et invite à reconsidérer l'articulation spatiale et les interactions entre les humains et les autres êtres vivants : « Leur géographie ne coïncide pas avec la nôtre. L'architecture, l'urbanisme et nos systèmes de circulation ne les concernent absolument pas. Ils habitent sur les toits, les corniches, dans les greniers, sous les buissons. En Amérique du Nord, il y a beaucoup de coyotes dans les parkings. En revanche, l'association qui est souvent faite entre la vie sauvage et ces lieux qu'on appelle les délaissés urbains (terrains vagues, friches) est fausse. Si les plantes profitent des espaces sans asphalte, ce n'est pas toujours le cas des animaux. Leurs trajectoires ne correspondent pas aux conditions qu'on leur prépare. » Comprendre : laisser des espaces « vides » ne suffira pas à penser la vie sauvage en ville, il faudra pour cela mettre autour de la table bien des métiers, notamment ceux liés à l'urbanisme et à l'écologique.

La Forêt de Fontainebleau (ici en hiver 2021), en Seine-et-Marne, est un important massif boisé français, de 25 000 ha, dont 21 600 ha sont aujourd'hui administrés en forêt domanial. Premier massif labellisé Forêt d’Exception en 2013, et bien que fragmentée (et traversée par une autoroute, deux routes nationales, une ligne de chemin de fer…), cette forêt comprend 2 350 ha de réserves biologiques, dont l'origine de la protection sous forme de « réserves artistiques » remonte à 1853 – certaines parties n'auraient pas subi de coupes rases depuis 1372.
La Forêt de Fontainebleau (ici en hiver 2021), en Seine-et-Marne, est un important massif boisé français, de 25 000 ha, dont 21 600 ha sont aujourd'hui administrés en forêt domanial. Premier massif labellisé Forêt d’Exception en 2013, et bien que fragmentée (et traversée par une autoroute, deux routes nationales, une ligne de chemin de fer…), cette forêt comprend 2 350 ha de réserves biologiques, dont l'origine de la protection sous forme de « réserves artistiques » remonte à 1853 – certaines parties n'auraient pas subi de coupes rases depuis 1372.
La Forêt de Fontainebleau (ici en hiver 2021), en Seine-et-Marne, est un important massif boisé français, de 25 000 ha, dont 21 600 ha sont aujourd'hui administrés en forêt domanial. Premier massif labellisé Forêt d’Exception en 2013, et bien que fragmentée (et traversée par une autoroute, deux routes nationales, une ligne de chemin de fer…), cette forêt comprend 2 350 ha de réserves biologiques, dont l'origine de la protection sous forme de « réserves artistiques » remonte à 1853 – certaines parties n'auraient pas subi de coupes rases depuis 1372.
La Forêt de Fontainebleau (ici en hiver 2021), en Seine-et-Marne, est un important massif boisé français, de 25 000 ha, dont 21 600 ha sont aujourd'hui administrés en forêt domanial. Premier massif labellisé Forêt d’Exception en 2013, et bien que fragmentée (et traversée par une autoroute, deux routes nationales, une ligne de chemin de fer…), cette forêt comprend 2 350 ha de réserves biologiques, dont l'origine de la protection sous forme de « réserves artistiques » remonte à 1853 – certaines parties n'auraient pas subi de coupes rases depuis 1372.

La Forêt de Fontainebleau (ici en hiver 2021), en Seine-et-Marne, est un important massif boisé français, de 25 000 ha, dont 21 600 ha sont aujourd'hui administrés en forêt domanial. Premier massif labellisé Forêt d’Exception en 2013, et bien que fragmentée (et traversée par une autoroute, deux routes nationales, une ligne de chemin de fer…), cette forêt comprend 2 350 ha de réserves biologiques, dont l'origine de la protection sous forme de « réserves artistiques » remonte à 1853 – certaines parties n'auraient pas subi de coupes rases depuis 1372.

Un meilleur dialogue inter-espèces : penser l'humain parmi le vivant

Dans leur essai, Gilbert Cochet et Stéphane Durand détaillent également le cas de la faune qui a connu en France, depuis les années 1970, un boom de sa population, grâce à la protection décidée vis-à-vis de plusieurs espèces : hibou grand duc, faucon pèlerin, castor, chevreuil, sanglier, cerf, chouette chevêchette, chouette de Tengmalm, vautour fauve, ours brun... précisant toutefois que la France souffre toujours de la comparaison de ses effectifs avec les autres pays européens. Ils défendent un travail qui viserait à effacer les marques de la présence humaine dans les espaces naturels, dès lors qu'elles seraient inutiles et nuisibles, prenant l'exemple frappant des barrages sur rivière et leur impact sur les poissons migrateurs. À propos de ces derniers, ils précisent : « Il suffit d'effacer un barrage (c'est le terme officiel) pour qu'ils se ruent à contre-courant vers leurs anciennes frayères. Il faut bien mesurer le changement de paradigme : oser revenir sur une construction humaine, se retirer ainsi sur la pointe des pieds était totalement inimaginable il y a quelques années encore. » Ils ajoutent : « On le voit, dès qu'on protège les espèces, [elles] augmentent jusqu'à atteindre l'optimum à partir duquel des mécanismes naturels de régulation se mettent en place sans qu'il soit besoin d'intervenir. » Certains animaux ont même un effet d'entraînement au profit d'autres espèces. Ainsi du castor, pour ne citer qu'un exemple, dont les barrages permettent l'apparition d'étangs où l'on trouve de nombreux insectes, plantes, amphibiens. Grâce à une seule espèce, un biotope se met en place, véritablement bénéfique pour toute la communauté animale et végétale.

Pour poursuivre sur l'exemple des barrages, notons qu'une équipe de chercheurs européens a identifié, en 2020, au terme de quatre ans de travail au sein du programme Amber (Adaptative management of barriers in Europe), pas moins de 1,2 million d'obstacles (seuils, barrages, écluses, gués, déversoirs, canalisations de dérivation...) dans toute l'Europe. Sur 1,65 million de km de réseau fluvial, on compte donc en moyenne 0,74 ouvrage par kilomètre (encore s'agit-il d'une estimation prudente qui n'englobe pas les petits cours d'eau). Difficiles à repérer, mal cartographiés, souvent à l'abandon, ils fragmentent les cours d'eau sur le continent. Une telle situation entraîne une perte importante pour la biodiversité (et parfois la création de tronçons d'eaux stagnantes), empêchant les rivières de s'écouler librement. Historiquement, cela s'explique par la volonté d'alimenter les moulins, les forges, les scieries, ou encore les barrages électriques. Conséquence : la faune et la flore voient leur mobilité et leurs interactions interrompues, et le sable et le gravier qui finissent habituellement sur le littoral ne s'écoulent plus comme auparavant. La question du retrait de ces nombreux obstacles est donc un enjeu de taille pour la biodiversité des cours d'eau, en France et ailleurs.

De nouveaux outils sont envisageables pour renouveler notre relation avec la nature et la préserver de nos excès. La palette des possibles est aussi vaste que ce qu'offre l'imagination humaine, et l'on peut évidemment s'inspirer des relations inter-espèces ayant déjà cours dans la nature. Nous en avons déjà mentionné certains, par exemple avec le cas de droits reconnus à la Nature, mais il y en a d'autres. Des penseurs comme le sociologue et anthropologue Bruno Latour ont prôné l'idée de formes de porte-parolat pour défendre les droits ou les intérêts du vivant, notamment des vivants qui ne disposent pas de capacités d'expression manifestes. Dans un essai de 2019, Manières d'être vivant, Baptiste Morizot défend quant à lui l'émergence d'une « diplomatie des interdépendances » entre espèces vivantes (humaines et non-humaines), par exemple entre bergers, brebis, chiens de montagne, loups et herbes ; ou entre agriculteurs, apiculteurs et pollinisateurs (les abeilles notamment). Il considère que la seule logique de défense des intérêts (ou des droits) des animaux ou des écosystèmes maintient en réalité la dichotomie entre Humain et Nature (où s'opposent supposément les activités de l'un à celles de l'autre). Il insiste par ailleurs sur l'impossibilité d'une « égalité des droits » entre humains et non-humains (non pas qu'elle soit souhaitable ou non, elle est tout bonnement hors de propos, et même les cultures animistes ne prétendent pas y parvenir). Il privilégie donc la mise en pratique d'« égards ajustés » réciproques entre espèces, d'un respect mutuel.

Baptiste Morizot part du principe que si l'on admet que les êtres vivants (non-humains) communiquent entre eux (les arbres avec les champignons, les insectes avec les fleurs, les poissons avec le plancton, etc.) et que des interdépendances se créent voire conditionnent la survie des espèces, alors les humains sont en capacité d'amorcer eux aussi un dialogue inter-espèces. Ce dialogue, il suppose non pas des logiques corporatistes, clivantes, « belligérantes » (le berger contre le loup ou l'ours, l'agriculteur contre le sanglier ou les insectes « nuisibles », l'aménageur contre tel ou tel écosystème à préserver, etc.), et encore moins la perpétuation de la vieille dichotomie Humain versus Nature, mais une prise en compte de l'humain parmi le vivant, et de l'importance des interdépendances qui nous lient. Le rôle de diplomate, chargé de l'incessant travail d'« interprétariat » entre les espèces, se concentrant non sur la compréhension des positions des unes et des autres (comme on le ferait entre des belligérants), mais sur leurs interactions, leurs interdépendances, pourrait être assumé par un individu, par un groupe, par une association, par un métier, ou encore dans le cadre de processus d'observation divers et variés. En la matière, l'essayiste ne veut pas enfermer le champ des possibles dans la rigidité d'un cadre institutionnel prédéfini, ni personnaliser la figure du diplomate à travers celle d'un « expert ». Il explique encore que l'agroécologie, par exemple, implique spontanément cette diplomatie inter-espèces des interdépendances, puisqu'elle est basée sur un partenariat entre paysans et grandes dynamiques écologiques des milieux plutôt que sur leur exploitation. De même que la « sylviculture non violente », et ses pratiques défendues par le Réseau pour les alternatives forestières (RAF) ou, à d'autres égards, par la gestion Pro Silva : elle « exploite la forêt, mais elle fait partie du tissage, parce que ses pratiques font justice aux dynamiques propres de la forêt, sont riches d'égards pour elle. Parce que ces sylviculteurs ont accompli la circulation empathique parmi les points de vue de la forêt, de ses acteurs sauvages : ils prennent en compte le point de vue de leur ancienne "ressource" ». À l'inverse, l'agriculture intensive usant d'intrants chimiques, de même que les sylvicultures monoculturelles, ne participent pas des interdépendances, mais sont au contraire leurs adversaires. Autre exemple d'approche respectueuse des interactions inter-espèces, la permaculture, un système de conception visant à créer des établissements humains viables fondé sur les principes écologiques, inspiré de la nature et de son fonctionnement (biomimétisme), et sur laquelle le scientifique australien Bill Mollison (qui a théorisé le concept dès les années 1970) a dit, cité par diverses sources : « La permaculture est une philosophie pour travailler avec la Nature, au lieu de lutter contre elle ; pour une observation prolongée et réfléchie au lieu d'un travail prolongé et irréfléchi ; pour considérer les plantes et les animaux dans toutes leurs fonctions au lieu de traiter chaque lieu comme un système ne produisant qu'une seule chose. » C'est une science appliquée de conception de cultures, de lieux de vie, et de systèmes agricoles humains utilisant des principes d'écologie et le savoir des sociétés traditionnelles pour reproduire la diversité, la stabilité et la résilience des écosystèmes naturels.

La pensée de Baptiste Morizot rejoint d'une certaine manière celle de la biologiste et autrice nord-américaine Donna Haraway, qui invite au dépassement des concepts de Nature et de Culture, de ville et de campagne, et à créer de nouveaux liens de parenté avec les êtres non-humains. Entre autres dans l'essai Staying with the Trouble (2016, publié en 2020 en français), elle déconstruit l'idée d'un humain exceptionnel, déconnecté du reste du vivant, pour expliquer que nous sommes de facto partie prenante d'une communauté multi-espèces. Dans Manifeste des espèces compagnes (2003, publié en français en 2010), elle défend « une éthique et une politique dévolues à la prolifération de relations avec des êtres autres qui comptent », expliquant que la catégorie des espèces qui nous « accompagnent » est en fait bien plus vaste que celle des animaux dits de compagnie ; elle inclue le riz, les abeilles, la flore intestinale, les tulipes... « Vivre avec les animaux, écrit-elle encore, investir leurs histoires et les nôtres, essayer de dire la vérité au sujet de ces relations, cohabiter au sein d'une histoire active : voilà la tâche des espèces compagnes » En d'autres termes, l'humain ne peut plus écrire seul l'Histoire, ne peut plus écrire l'Histoire en ne parlant que de lui.

Perućica, l'une des rares forêts primaires d'Europe, située en Bosnie-Herzégovine. D'une surface de près de 13 km², elle est préservée au sein du parc national de Sutjeska, près de la frontière avec le Monténégro. (Crédit photo © Lucile Bertaux)
Perućica, l'une des rares forêts primaires d'Europe, située en Bosnie-Herzégovine. D'une surface de près de 13 km², elle est préservée au sein du parc national de Sutjeska, près de la frontière avec le Monténégro. (Crédit photo © Lucile Bertaux)
Perućica, l'une des rares forêts primaires d'Europe, située en Bosnie-Herzégovine. D'une surface de près de 13 km², elle est préservée au sein du parc national de Sutjeska, près de la frontière avec le Monténégro. (Crédit photo © Lucile Bertaux)
Perućica, l'une des rares forêts primaires d'Europe, située en Bosnie-Herzégovine. D'une surface de près de 13 km², elle est préservée au sein du parc national de Sutjeska, près de la frontière avec le Monténégro. (Crédit photo © Lucile Bertaux)
Perućica, l'une des rares forêts primaires d'Europe, située en Bosnie-Herzégovine. D'une surface de près de 13 km², elle est préservée au sein du parc national de Sutjeska, près de la frontière avec le Monténégro. (Crédit photo © Lucile Bertaux)

Perućica, l'une des rares forêts primaires d'Europe, située en Bosnie-Herzégovine. D'une surface de près de 13 km², elle est préservée au sein du parc national de Sutjeska, près de la frontière avec le Monténégro. (Crédit photo © Lucile Bertaux)

Dans son Manuel de Transition (2008), Rob Hopkins, enseignant britannique en permaculture, évoque des visions de l'avenir post-pétrole que divers écrivains anglophones imaginent pour l'humanité, et elles donnent souvent à voir une relation renouvelée entre les humains et le vivant non-humain. Il cite par exemple Stephan Harding, auteur de Animate Earth, qui place au centre de sa vision « le retour de la nature sauvage dans nos vies, la nature ayant pu reconquérir de l'espace autour de nous grâce à une diminution de notre empreinte écologique » : « "Je saurais, m'a-t-il dit, que je peux enfiler mon sac à dos et marcher hors du village (où je vis), traverser la forêt et parcourir la campagne sauvage pendant des jours si je le voulais... Ma vision est celle d'un réseau d'écovillages interconnectés, séparés par des grandes zones de campagne sauvage, mais aussi quelques jolies villes [...]." Les effets psychologiques de cette nouvelle alliance avec Gaïa seraient, affirme-t-il, hautement bénéfiques. » Hopkins cite encore Brian Goodwin, auteur de Nature's Due, pour qui, dans un futur d'énergie réduite l'humanité deviendra « "plutôt invisible", c'est-à-dire qu'elle se confond davantage avec le monde naturel et s'harmonise avec lui ». Il cite directement l'écrivain : « Je ne parle pas d'un retour à la nature comme chez Rousseau, je parle d'utiliser la technique appropriée, de l'énergie et des matériaux naturels pour atteindre un mode de vie qui se fond dans le monde naturel. Nous aurons, en réduisant notre empreinte, appris à vivre comme d'autres espèces le font jusqu'à devenir une espèce parmi d'autres plutôt qu'une espèce absolument dominante. » Pour un autre auteur, Fritjof Capra, « penseur des systèmes », Rob Hopkins explique qu'il voit 2030 « comme une époque où le principe écologique de la communauté serait devenu le facteur principal de l'organisation sociale », précisant encore : « Prendre la nature comme modèle, m'a-t-il affirmé, signifierait que nous aurions calqué nos communautés [...] sur les communautés naturelles, ce qui veut dire que l'énergie solaire serait notre source principale d'énergie, en plus du vent, de la biomasse, etc. Nous aurions organisé nos industries et nos systèmes de production de telle manière que la matière accomplisse un cycle continu, que tous les matériaux circulent entre producteurs et consommateurs. »

Ont été esquissées dans cet article des pistes de réflexion, des propositions, pour repenser la relation entre humain et vivant non-humain. Nous l'avons dit, la diversité des possibles est considérable, mais le premier pas, indispensable, consiste à déconstruire les paradigmes intellectuels qui ont formaté notre pensée et nos idéologies depuis des siècles. Bien sûr, l'enjeu n'est pas, pour les Occidentaux, de renoncer à toute la pensée rationaliste moderne, et à ce qu'elle apporte en termes d'émancipation pour l'humain, mais de déconstruire ce qui, en Europe et ailleurs (depuis au moins deux siècles avec la Révolution industrielle), affecte notre relation au reste du vivant. L'enjeu est de replacer l'humain au centre du vivant, parmi les espèces. Sortir du dualisme opposant humains et nature, mais aussi sanctuarisation de la nature et exploitation aveugle comprendre : toute exploitation humaine n'est pas un « viol de la nature », puisque nous sommes partie intégrante du vivant. On comprend bien qu'à ce stade de la réflexion, on ne pourra avancer à grands pas tant que nos propres élus et dirigeants considéreront comme accessoire la question écologique en général, et notre rapport au vivant. Parler des abeilles, des sols, des rivières, des ours, des loups, des bœufs, des vaches, des poules, des poussins, « ça ne fait pas sérieux ». Et tant que cela ne fera pas « sérieux », il faudra compter avec l'activisme de la société civile et des actrices et acteurs qui, de plus en plus nombreuses et nombreux, sur le terrain, constituent des îlots d'innovation et des « éclaireurs » sur ces questions.

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